L'Expression Primitive, c'est quoi ?

A l'origine ...
Katherine Dunham et la danse "Modern Primitiv" 

L’Expression Primitive trouve ses racines dans les recherches universitaires et artistiques de Katherine Dunham. Cette afro-américaine, née en 1909 à Chicago, est chorégraphe, danseuse, universitaire et anthropologue.

En 1935-1936, elle se rend aux Antilles pour étudier les danses traditionnelles de la région. Son travail chorégraphique, célèbre dans les années 50 et 60, s’inspire d’ailleurs de ces rituels traditionnels de danse.

Elle a tiré de ce voyage dans les Caraïbes, la matière de sa thèse de doctorat "Les Danses d'Haïti".

Elle y recherche le "geste universel" sous la diversité des cultures et développe une technique tonique de danse, qu’elle nomme "Modern Primitiv".

Militante antiségrégationniste et engagée contre l’exclusion sociale, elle fonde en 1967 le "Performing Arts Training Center", qui existe toujours sous le nom de "Katherine Dunham Center for Arts and Humanities" et qui utilise l'art pour éradiquer la violence et la pauvreté urbaine. Cette conviction lui fera dire :

"Je suis arrivée à la conclusion que la danse n’est pas une technique mais un acte social et qu’elle doit se ressourcer là d’où elle vient, c’est-à-dire au cœur de l’homme et dans sa conception de la société". 

L'Expression Primitive arrive en Europe ... l'apport de Herns Duplan

Herns Duplan, d’origine haïtienne, danseur, chorégraphe, musicien, enseignant dans la compagnie-école de Dunham, arrive à Paris en 1970. Il introduit sa technique de travail qu’il nomme "Expression Primitive".  A partir de cet héritage, il a développé une discipline basée sur la saisie de la pulsation.

Herns Duplan désigne par "Expression Primitive", "une démarche anthropologique conduisant l'individu à une recherche, en soi et à travers le groupe, de sa propre genèse : rencontre du corps avec ses sources, rassemblement des énergies à vivre, déploiement de l'imaginaire, libération des émotions sans passer par les moules contraignants de techniques trop élaborées", (février 2001).

Il propose un travail de retour aux sources du rythme donnant une place essentielle à la qualité de présence et au travail de la voix accompagnant le geste dans une expression globale, une expression première. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut entendre l’utilisation du mot "Primitif". Il renvoie à ce qui est "premier" chez l’Homme, ce qui est initiateur.

Il ne s’agit pas d’apprendre les danses traditionnelles mais d’approcher l’essence même de l’individu par des gestes ancestraux universels. 

Son travail au plan théorique s’inscrit dans la mouvance idéologique et anthropologique de Katherine Dunham : dans l’engagement du sujet dans des processus de changement et de créativité et dans l’altérité.

L'Expression Primitive devient danse-thérapie... l'apport de France Schott-Billmann

L’Expression Primitive accède à sa dimension thérapeutique et symbolique, à proprement parler, avec la contribution de France Schott-Billmann. Docteure en psychologie, psychanalyste et danse-thérapeute, elle propose une approche anthropo- psychanalytique de l’Expression Primitive en lui donnant un cadre rituel sécurisant. Nous parlons désormais de danse-thérapie par l’Expression Primitive.

 

La technique s’inspire des thérapies traditionnelles des peuples "racines" et reprend une fonction universelle et traditionnellement courante de la danse qui s’appuie sur une dynamique corporelle et symbolique. Mais elle n’est en rien mystique ; elle s’inscrit dans la famille des Arts thérapie et utilise la médiation corporelle dans une perspective de lien à l’autre et de santé, selon des références théoriques puisées dans les sciences humaines (sociales, anthropologiques et cliniques). Elle s’inscrit également dans une esthétique primitiviste, courant artistique essentiel du 20ème siècle. 

 

L’Expression Primitive est construite à la fois sur les rythmes organiques de la pulsation et du balancement (le premier rappelant le battement du cœur et le second le va-et-vient du souffle) et sur la répétition.

Des mouvements simples, des gestes évocateurs d’activités ancestrales ou d’appels aux divinités (symbolisant les pulsions psychiques) sont rythmés par le tambour et soutenus par la voix des danseurs. L’utilisation de la voix se fait par le biais de phonèmes qui accompagnent le mouvement ou la posture. 

Ici aussi, tout comme chez Katherine Dunham et Herns Duplan le terme "primitif" renvoie à ce qu’il y a de premier chez l’homme, de plus archaïque au sens de racine commune. 

 

L'Expression Primitive
en résumé...

Née dans la culture afro-américaine, l’Expression Primitive est une technique de danse qui métisse la culture africaine et européenne dans une danse sans frontières, interculturelle, accessible à tous.

 

Danse dynamique, au rythme puissant, aux mouvements amples, accompagnée par la percussion et la voix des danseurs, elle ne nécessite pas d’apprentissage car elle fait appel à un savoir inné, celui des rythmes du corps : elle est construite sur une pulsation régulière, à l’image du cœur et elle suit un rythme balancé, sur le modèle du souffle.

 

Portés par ces rythmes "premiers", "primitifs" qui les relient à leur corps, à eux-mêmes et aux autres, les danseurs incarnent des gestuelles symboliques universelles en y mettant du sens. 

 

En résumé, c'est une danse globale, car elle associe la voix au mouvement, mais c'est aussi une danse poétique aux gestes symboliques, une danse conviviale, chaleureuse et ludique.

 

L'Expression Primitive s'utilise aussi bien en tant que technique de danse en explorant l'esthétique primitiviste (force, contraste, répétition, sens, ...), qu'en tant que médiation à but thérapeutique et de lien social.

 

 

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